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chronique 33 - Que faire ? Le prendre en charge

Le GAEC du Rû-Boimenu résulte de la fusion de deux GAEC connus du lecteur. Cinq agriculteurs y sont associés : André Boimenu, Pierre Dumontier et son frère Bruno avec son épouse, Maryse, ainsi que Caroline tout récemment installée... Chaque chronique nous fait partager une tranche de vie de la société.

 

André : Je voudrais qu'on parle d'Aurélien pendant qu'il n'est pas là.

 Bruno : Il ne viendra pas à la réunion ; je l'ai envoyé chercher une commande de minéraux à la coop.

 Pierre : Espérons qu'il ne lui arrivera rien !

 André : Justement, je suis vraiment embarrassé avec ce stagiaire. J'en ai connu des bons et des moins bons, parfois des ados un peu déjantés ou maladroits et nous avons toujours réussi à en faire façon mais Aurélien, c'est autre chose !

 Pierre : Eh oui ! un adulte, c'est plus grave !

 Caroline : Il est en BPREA, c'est ça ? Il m'en a parlé ; en fait il m'a noyée dans un flot de paroles qui m'ont laissée sans voix....

 André : Toi, pour te clouer le bec, il faut pourtant se lever tôt !

 Maryse : Et pour revenir à Aurélien, qu'est-ce que vous lui reprochez ?

 Pierre : Eh bien, pour tout dire, euh... ce garçon, il ne paraît pas bien dans son assiette. Les parents ne t'en ont pas parlé ?

 Maryse : Oui, Alice m'a fait des réflexions à mi-mot. D'habitude, elle est plus directe.

 André : Hier, en préparant le marché, Victor m'a raconté comment ça se passe chez eux. Ils ont dû mettre les choses au point et j'ai compris qu'ils ne sont pas disposés à continuer à l'héberger si ça ne va pas mieux.

 Bruno : C'est la première fois que les parents se plaignent d'un stagiaire. Jusqu'à présent, c'est toujours eux qui les ont logés et ils s'en sont débrouillés...

 Caroline : Il faut dire qu'ils ont le sens de l'accueil. Ils savent mettre à l'aise, poser les limites,s'intéresser à toi, respecter ton intimité, te demander de l'aide. On se sent rapidement chez soi.

 Bruno : Avec Aurélien, ça pourrait ne pas durer. Les parents sont généreux mais il faut les respecter ; ils ont raison.

 Maryse : Moi, je n'ai encore pas travaillé avec lui ; donc je n'ai qu'une impression vague...

 André : Justement ! vague, il l'est souvent, lui. Y a qu'à le voir arriver le matin, en retard, toujours, hirsute, les yeux rouges et ahuris, l'air absent.

 Pierre : On voit bien qu'il est sous l'effet de la drogue.

 Maryse : Tu en es sûr ?

 Caroline : Pour moi, c'est évident.

 André : Et y a pas que le cannabis : Alice a retrouvé une bouteille de vodka dans la poubelle...

 Maryse : Vous lui en avez parlé ?

 André : Je lui ai demandé s'il fumait autre chose que du tabac ; il a haussé les épaules.

 Caroline : Peut-être que si tu lui avais demandé de t'en vendre...

 Bruno : Moi, je ne suis pas pour la répression mais... il faut en parler au centre de formation.

 Pierre : Pas avant de lui en avoir parlé à lui.

 Caroline : Bon, OK, il se drogue et il boit sans doute un peu mais, au fond, ça ne nous regarde pas ; il est majeur !

 André : T'as raison, Caro, mais pour le boulot, il est loin du compte. J'ose à peine lui confier un tracteur. Et puis il ne semble pas écouter ce que je lui dis.

 Bruno : C'est pour ça que tu me l'envoies auprès du troupeau, la semaine prochaine ? Merci du cadeau !

 André : Ça fait 15 jours que je l'ai avec moi, la plupart du temps, aux champs et à l'atelier ; faut bien partager le boulet. C'est pas qu'il soit méchant ; bien au contraire mais il ne paraît pas vraiment présent à ce qu'il fait et j'ai du mal à discuter avec lui : il ne pose pas de question et ne propose rien.

 Caroline : Il n'est peut-être pas sûr de lui ou il se sent dépassé par le GAEC... sans doute que tu l'intimides, Dédé !

 André : Allons ! je n'ai que 5-6 ans de plus que lui et pas l'air d'une brute !

 Caroline : C'était une boutade, voyons !

 Pierre : Bon, alors, qu'est-ce qu'on fait... on le rencontre pour le recadrer ?

 Maryse : Oui, pour commencer, c'est le mieux mais pas tous les cinq ; ça ferait tribunal. Seulement ceux qui ont travaillé avec lui : André et Pierre.

 André : Et qu'est-ce qu'on lui dit ?

 Pierre : Chacun de nous rapporte un ou deux faits précis où il a montré une défaillance au travail. On lui demande s'il se sent bien ici, ce qui se passe pour lui...

 André : Et on lui dit que ça ne nous convient pas : nous n'osons pas lui confier du matériel ni une tâche qui demande de l'attention... Il nous cause du souci.

 Maryse : Vous pourriez faire référence au contrat de stage : contribuer au travail de l'exploitation, respecter les règles, chercher des infos pour son rapport. Il n'est jamais venu me questionner, par exemple.

 Bruno : Nous voulons bien rendre service mais il faut que ce soit réciproque.

 Maryse : Et toi, Bruno, quand il arrive lundi à l'étable, tu lui demandes ce qu'il sait faire et tu poses le cadre tout de suite.

 Bruno : Ben me voilà mis en condition !... On lui donne sa chance quand même ?Dédé, toi qui as été moniteur technique en CAT, tu dois savoir mieux faire que moi.

 Caroline : Quand tu m'as remise à traire, Bruno, j'ai vu tes talents de pédagogue : économe en mots mais clair, précis, exigeant et sachant encourager.

 Bruno : Ici, en plus de l'apprentissage technique, le plus important, c'est l'éducation du comportement... avec un gars de 30 ans... Bon, tous les deux vous lui parlez d'abord et à moi, ensuite, de relever le défi !

 Maryse : Bien sûr, tu n'es pas tout seul. On fait le point dans une semaine.

 à suivre...